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Le sujet est ancien mais ses effets sensibles semblent apparaître particulièrement depuis les années 2020, tout du moins dans les échanges que l'on peut consulter sur les réseaux sociaux et les articles de certains journaux.

On trouve par exemple l'étude de Viji Diane Kannan et Peter J Veazie, US trends in social isolation, social engagement, and companionship ⎯ nationally and by age, sex, race/ethnicity, family income, and work hours, 2003–2020. Dans cette étude, qui n'est pas exempte de fragilités méthodologiques, nous trouvons notamment ce graphe :

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Cette figure montre un phénomène d'isolement partagé entre les hommes et les femmes, bien qu'il soit globalement plus important chez les hommes.

Sur ce point, la question de la démission des hommes et la façon dont elle semble revenir régulièrement dans les discussions (et pas seulement aux États-Unis), pose également la question du ressenti des personnes qui s'aperçoivent que les hommes s'impliquent moins. À temporalité égale, il n'est pas certain que l'absence des hommes ou des femmes soit perçue de la même façon et notamment en proportion peut-être de leur importance fonctionnelle au sein de la société.

Il est aussi question de la causalité des tendances. Dans le graphe précédent, on observe des décalages temporels dans les tendances et l'on voit notamment que les hommes ont parfois préséance sur une tendance quand d'autres fois il s'agit des femmes. Après dénombrement des préséances d'une année sur l'autre, nous n'avons pas trouvé de tropisme particulier entre hommes et femmes sur ce point (8 pour les hommes contre 11 pour les femmes), bien que la possibilité simplement d'une influence réciproque entre hommes et femmes dans un contexte de sociabilisation soit bien entendu digne d'étude.

Un autre document, émanant du US Bureau of Labor Statistics et dénommé Labor Force Statistics from the Current Population Survey, nous montre cette figure :

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Ici, on remarque un remplacement progressif des hommes au travail par les femmes, remplacement qui s'est arrêté en 1998. Après 2008, on constate que les dynamiques d'emploi sont les mêmes pour tous, à savoir apparemment précaires.

Cela signifie qu'un nombre croissants d'hommes ne sont plus sur le marché du travail. Si l'on croise ces données avec celles de la sociabilisation, nous comprenons qu'il ne s'agit pas pour la plupart d'hommes qui se consacreraient à leur famille. Il s'agit simplement d'hommes qui ne participent plus à la vie civile et qui certainement vivent de minima sociaux.

Certaines études pointent aussi une détérioration de la santé des hommes qui les rendrait parfois incapables de travailler. Ce champ d'investigation mériterait un autre article.

Quoi qu'il en soit, la question du retrait des hommes d'une partie de ce qui fait la vie sociale et de ce qui demande de leur part un engagement important n'est pas une petite question. C'est en réalité peut-être l'un des signes les plus significatifs pour diagnostiquer l'état d'une société en termes de coopération.

Dans cet article, nous allons expliquer quelques concepts de base de l'éthologie (l'étude des comportements), comment celle-ci s'applique au sujet des hommes et ce que nous pouvons en déduire. ll s'agit d'un article de réflexion de fond, non dénué d'un ton légèrement caustique.

Le principe de réciprocité

Dans la nature, que l'on peut considérer comme un principe dynamique recherchant l'ordre (la néguentropie), les échelles de considération utiles sont multiples : un individu, une famille, une communauté, une espèce, etc. Certaines échelles présentent des caractéristiques propres mais toutes partagent certains traits apparemment immuables.

Le principe de réciprocité est de ceux-là. Ce principe se résume ainsi : tout effort fourni doit apporter en retour un bénéfice supérieur à cet effort. Il s'agit d'une extension du principe fondamental de transaction, ubique à toute la réalité (il s'agit d'une loi fondamentale de la physique).

Le principe de réciprocité est inhérent au vivant, car tout organisme qui ne parvient pas à accaparer pour lui d'acquis bénéfiques est voué à disparaître tôt ou tard. Et cela reste vrai peu importe l'échelle de considération, du simple individu à l'ensemble du vivant, ce dernier cherchant toujours à gagner sur le réel des bénéfices divers et variés.

Le principe de réciprocité n'est cependant pas un phénomène simpliste ou même infaillible :

  • le bénéfice espéré constitue une forme de variable incertaine : il peut être immédiat et évident ou différé et questionnable, on peut même se tromper du tout au tout et fournir un effort en vain ou un effort en échange d'un élément qui nous est néfaste

  • ce que nous identifions comme bénéfique est dépendant de ce que nous priorisons et certaines choses peuvent être à la fois bénéfiques et préjudiciables selon le contexte (manger avec plaisir au détriment de sa santé par exemple ou satisfaire une croyance religieuse au détriment de sa joie de vivre)

  • le destinataire du bénéfice espéré n'est pas systématiquement soi-même en tant qu'individu (faire un effort pour quelqu'un que l'on aime par exemple comme son conjoint ou ses enfants, ou bien un projet, un idéal)

Ce principe est binaire lorsqu'on le réduit à des exemples simples mais il peut devenir infiniment subtil et complexe dans des contextes sociaux où les interactions sont multiples et codépendantes. La réciprocité peut ainsi devenir une culture, qui engendre des habitudes et elle peut aussi s'exprimer à travers des interactions où les efforts fournis et les bénéfices rendus le sont par des personnes, de manière consciente ou non.

Dans le sujet qui nous intéresse, à savoir la démission moderne des hommes, la notion de réciprocité est centrale.

La mutation féministe

Depuis bientôt dix ans environ, certains d'entre nous se font cette remarque : il est étonnant de voir aussi peu d'hommes se rendre aux fêtes de villages ou aux évènements associatifs. La plupart d'entre nous étions enfants dans les années 90, et nous nous souvenons d'une communauté où les hommes et les femmes interagissaient régulièrement et où les évènements festifs rassemblaient autant les uns que les autres.

Plus tard, nous constations une absence de plus en plus marquée des hommes. Lorsque les femmes s'enquerraient parfois de leur refus de participer à la vie civile, des réponses comme "Je préfère rester tranquille chez moi." ou "J'ai encore des choses à finir." étaient les plus courantes. Dans les faits, ces hommes consacraient un temps signficatif à des activités solitaires (chasse, pêche, bricolage, lecture, jardinage, etc.).

Cet aspect solitaire du tempérament masculin n'est pas une découverte, il semble intemporel mais c'est son augmentation qui m'a semblé significative. Nous avons donc cherché à comprendre ce qu'il se passait et surtout ce qui avait changé entre le moment où nous voyions les hommes largement engagés dans la vie sociale et le moment où nous les avons vu démissionner les uns après les autres.

Les hommes sont intrinsèquement mauvais

La culpabilisation des hommes ne date pas d'hier, on en trouve des prémices de plus d'un siècle, mais son acception massive dans la société est en revanche assez récente. Il semble en cela que la propagande féministe a réussi son objectif : faire accroire que tous les problèmes auxquels fait face la société, ou tout du moins les femmes, puisque les problèmes des hommes ne sont presque jamais écoutés, soient le fait des hommes. La nature masculine même est un défaut, une maladie.

L'homme moderne introjecte depuis qu'il est jeune garçon, et de façon plus ou moins violente, qu'il est lui-même un problème, que sa nature est un défaut, ses réflexes des preuves de ses erreurs, ses désirs des hontes, ses aspirations des délires, ses idoles des monstres.

En bref, il est digne de ridicule et il fait du mal par le simple fait d'exister. On attend donc de lui une conformation, une correction de ses instincts pour mouler sa personnalité au service de la société féministe.

Et il doit cacher ses espaces de respiration et de refuge car s'il en a besoin, c'est qu'il n'est pas encore tout à fait rectifié, il garde encore en lui des traces de masculinité toxique dont il est censé avoir honte et qu'il est censé combattre.

En résumé, la société moderne cherche à persuader les hommes de détester ce qu'ils sont.

Les hommes doivent s'excuser d'être qui ils sont

Le corollaire immédiat de l'homme coupable, c'est l'homme repentant. On attend de lui qu'il fasse amende honorable, qu'il répare les dégâts qu'il a commis, qu'il absout son âme à travers le sacrifice.

Si la volonté de nature sacrificielle est constitutive de l'homme, et ce depuis la nuit des temps semble-t-il, elle n'émane désormais plus de lui-même mais des autres. Là où les hommes ont pu par le passé embrasser avec une certaine sérénité des destins funestes parce qu'ils semblaient promettre de profiter à ce qui comptait le plus au monde pour eux, c'est désormais la société féministe qui décide à leur place. Les hommes doivent donc s'apprêter à fournir des efforts là où ils n'en fournissaient pas : ils doivent s'engager davantage auprès de leurs compagnes et des femmes en général, leur faciliter la vie en réparation d'un hypothétique méchant patriarcat. Mais ils doivent aussi abandonner des espaces d'efforts qu'ils prisaient. On ne souhaite plus qu'ils donnent leur avis sur des questions collectives, comme la politique ou l'éducation, car ils empièteraient alors sur les femmes et ne feraient que reproduire des schémas nocifs et éculés. Leur avis de manière générale n'est même plus souhaité, il est masculin et donc quelque part un peu faux. On attend d'eux de la tolérance et celle-ci a tôt fait de se muer en fait en obéissance.

Quant aux tâches ingrates dont ils ont la charge depuis des lustres, ils peuvent les garder. Mourir au travail ou à la guerre, c'est acceptable. Et ils doivent aussi persister à ne pas se plaindre, à taire ce qu'ils traversent car c'est de toute façon insignifiant en regard de la souffrance des femmes qui est, elle, incommensurable.

Les hommes ont toujours tort

Une autre particularité de la société féministe, c'est d'attendre et de demander des hommes tout et son contraire. Un homme doit davantage s'investir dans le foyer mais pas toujours, car il doit laisser de l'espace à sa femme. Il doit la soutenir mais ne pas l'étouffer, être présent mais pas gênant. Dans la société, il doit participer mais ne rien dire et surtout ne pas se plaindre. Il doit être courtois mais pas macho, volontaire mais pas ambitieux, protecteur mais pas paternaliste. Son énergie doit être tournée vers les autres mais il doit aussi les laisser tranquille. On a besoin qu'il entreprenne, mais aussi qu'il cesse de faire de l'ombre aux autres et particulièrement aux femmes.

Cependant, toutes ses demandes doivent être anticipées et ce, sans aucun moyen, aucun outil pour identifier quel serait le besoin réel d'autrui. D'ailleurs, le fait que les hommes ne devinent pas ce dont les autres ont besoin est un autre de leur défaut, car ils sont en fait trop égoïstes pour y parvenir.

Les hommes ne comprennent pas ce que l'on attend d'eux et la société elle-même ne sait plus ce qu'elle attend des hommes. Mais peu importe, si cela conduit à des malentendus ou des querelles, c'est que les hommes se sont certainement trompés quelque part.

En outre, si les hommes souffrent de ce qu'on leur demande, c'est parce qu'ils découvrent ce que cela signifie de perdre ses privilèges. En fait, la souffrance des hommes en général est une juste punition pour ce qu'ils sont et font.

Les hommes doivent adorer les femmes

Lorsque les hommes réussissent quelque chose, c'est parce qu'une femme les y a aidés. Leur mère est en cela une sainte puisqu'elles les a mis au monde. Leur compagne est une héroïne, même lorsqu'on ne dirait pas. Les héros et les génies du passé masquent en fait le véritable héroïsme et le véritable génie, qui sont féminins. Derrière chaque grand homme, il y a en réalité une grande femme.

L'instinct maternel est la démonstration que le plus grand amour est celui d'une mère, pas celui d'un père. Celui d'un père est bien pathétique à côté de celui d'une mère pour ses enfants. Le courage d'une femme, le courage d'une mère, il n'y a rien de plus grand. Le véritable sacrifice est féminin. L'amour le plus pur et le plus désintéressé est féminin.

Les femmes sont victimes des hommes, elles qui sont pourtant si innocentes et fragiles. Lorsqu'il touche une femme, un homme la salit. Sa semence est même une souillure, car la femme est un être pur et divin et la sexualité masculine est si vilaine et grotesque. Un homme qui fait l'amour à une femme la viole.

Une femme volage est une femme libre, une femme méchante c'est une femme blessée, une femme menteuse c'est une femme apeurée, une femme incompétente manque de confiance en elle, une femme violente c'est une femme qui se défend, une femme qui tue ses enfants c'est pour mieux les protéger de leur père.

La rupture transactionnelle

La précédente présentation un peu mordante de l'état des choses en matière sociétale n'est pas une posture artistique mais une tentative de traduire en mots ce que peuvent ressentir des milliers d'hommes au contact du monde moderne. Tout ce que nous y avons écrit a déjà été dit ou écrit par des femmes au sujet des hommes. Rien n'a été inventé, bien que nous nous sommes épargnés de mettre des liens vers toutes les citations en question.

Face à toutes ces injonctions et toutes ces critiques (pour ne pas dire cette haine, dans bien des cas), de nombreux hommes ont peu à peu changé de vue sur la question de leur engagement auprès de la société. Celle-ci est devenue à leurs yeux un monde hostile et ils ne s'y présentent en général que parce qu'ils n'ont pas le choix. Ainsi, les hommes continuent à travailler mais ne font plus de zèle, ils partagent des espaces communs mais les fuient dès que possible et ne communiquent plus.

Sourire à une femme c'est peut-être du harcèlement, ne pas sourire à une femme c'est peut-être du dénigrement. Recadrer un enfant c'est peut-être de la violence, ne pas le recadrer c'est peut-être de l'abandon. On ne sait pas, on ne sait plus.

La nature cherche toujours des solutions transactionnelles optimales et lorsqu'une action n'offre plus de réciproque valable, soit elle est abandonnée, soit elle finit par tuer celui qui persiste à l'accomplir.

On entend souvent des personnes, généralement des femmes, s'offusquer que les hommes ne secourent plus une femme qui se ferait agresser dans la rue ou les transports en commun. La vraie question est plutôt la suivante : pourquoi le feraient-ils ?

Il n'existe pas dans la nature d'action non motivée. Toutes prennent sens en quelque chose, d'une manière ou d'une autre, et un homme héroïque, un homme chevaleresque, s'inscrit dans une société qui le valorise et le célèbre en retour de ses efforts et de ses prises de risque.

Aider une femme qui se fait agresser, c'est mettre sa vie en danger, ce n'est pas rien. Mais une société qui attend des hommes qu'ils soient prêts à se sacrifier en toutes circonstances tout en martelant à ces derniers qu'ils sont des moins que rien fait en réalité l'autruche.

Car la capacité sacrificielle des hommes est proportionnelle à l'importance qu'ils accordent à ce pour quoi ils s'apprêtent à se sacrifier.

Une société misandre n'est bien évidemment pas aimée des hommes. Ils n'y trouvent aucune ressource, aucune joie, aucun espoir. Elle est leur ennemie.

Ainsi, peu à peu, et de façon totalement prévisible, les hommes démissionnent les uns après les autres. Ils choisissent la solitude et les derniers espaces encore un peu masculins pour être heureux. De plus, à l'époque d'Internet et des jeux vidéo, les espaces d'évasion solitaire sont relativement nombreux et accessibles.

Interagir avec le monde est devenu pour de nombreux hommes synonyme de compromis. On consent à l'effort d'interagir avec le monde parce qu'on n'a pas le choix mais la joie de le faire a disparu.

Là où les entreprises s'étaient habituées à travailler avec des hommes volontaires, elles doivent faire avec des hommes qui font le strict minimum. Là où les femmes s'étaient habituées à voir des hommes leur faire la cour, elles doivent faire avec des hommes pragmatiques et qui n'ont plus le moindre romantisme. Elles doivent également faire sans l'assistance spontanée et quotidienne des hommes qui, par une forme de jeu de séduction souvent sans suite, avaient l'habitude d'une courtoisie généreuse.

Beaucoup d'enfants grandissent aussi sans père, soit parce que leur mère ou la justice les en a séparés, soit parce que leur père a fait le choix de ne plus dépenser son énergie à s'occuper d'eux. Et s'il a abandonné son rôle, c'est aussi parfois parce que la mère de ses enfants a tout fait pour que cela arrive.

Beaucoup de gens invoquent des notions morales comme justification suffisante pour que les hommes investissent des efforts dans telle ou telle activité. Mais il s'agit là d'une rêverie. Dans la réalité, la morale ne peut rien par elle-même, elle émerge d'une société dont elle optimise les transactions. Une morale qui essaierait de se maintenir alors même qu'elle implique de certaines personnes de tout donner sans rien en retour engendre inévitablement des formes de tyrannie et finit par effondrer la société au sein de laquelle elle sévit.

La récompense ou le désastre

Bien que le phénomène de la démission des hommes ne soit pas encore massif, il est indubitable et gagne du terrain de jour en jour. Les effets ressentis sont nombreux. Les femmes se sentent délaissées et sentent peser sur elles de plus en plus le poids des efforts et des responsabilités.

Les hommes quant à eux s'isolent, parfois avec bonheur, parfois avec souffrance. Car il ne s'agit pas toujours pour eux d'un épanouissement. La plupart des gens aiment avoir une vie sociale soutenue et les mondes virtuels ne remplacent pas encore ce besoin, s'ils le feront jamais un jour.

Mais un autre problème se pose de façon imminente : puisque notre société s'est construite à partir d'une participation active, constante et sacrificielle des hommes, que va-t-elle devenir si la majorité des hommes ne consentent plus à y participer ?

En cela, on peut voir deux chemins possibles pour la société moderne : soit elle persiste dans son iniquité, se mue en tyrannie et s'effondre, soit elle rectifie ses propositions transactionnelles en offrant aux hommes des réciprocités fonctionnelles : salariales, amicales, affectives, sexuelles, familiales, réputationnelles, etc.

Les femmes y auront forcément un grand rôle à jouer mais il n'est pas dit qu'une société qui se rectifie de la sorte après des années d'errance féministe ne doive passer par une étape coercitive.

Au bout du compte, il est prévisible que la société moderne ne vive à l'avenir un épisode de restauration patriarcale violente. L'iniquité manifeste qui sévit à l'heure actuelle à l'encontre des hommes commence à se craqueler et il est assez clair que la souffrance ravalée de nombre d'entre eux ne trouvera pas de résolution véritablement pacifique.